Mac Rambus

Eh non, le Mac Rambus n’est pas le dernier né de chez Mac Daube, c’est tout un concept…

 

Quand j’étais petite, avec mon frère, nous aimions regarder une bonne série des années 80 : Mac Gyver. Mac Gyver était le personnage débrouillard et ingénieux par excellence : avec une boite de conserve, de la ficelle, une allumette et son indispensable couteau suisse, il fabriquait de nombreux objets souvent explosifs. Il a d’ailleurs fait sauter, incendier, inonder un paquet de trucs tout au long des épisodes. Gamins, nous avions essayé de reproduire une tyrolienne, grâce à lui. Nous avions tendu une corde entre deux arbres, pris la ceinture de mon frère et nous nous attendions à glisser aisément, tel ce phénix de Mac, suspendus dans les airs.  Sauf que la ceinture n’a pas résisté : elle s’est coupée en deux, en quatre … Nous ne nous étions pas fait mal, heureusement, nous avions bien ri même si nous n’avions pas rejoint le point escompté. Tout cela nous a surtout valu une bonne punition, ma mère n’ayant pas apprécié la ceinture fractionnée. Mon frère a eu les pantalons tombants pendant quelques temps, en mode wesh wesh, en avant-garde. Merci Mac.

 

Toute cette introduction pour dire que des années plus tard, jeune adulte, je m’identifiais à Angus Mac Gyver. Pour mes amis, j’étais Mac Gyver ou mieux encore j’étais son fameux couteau suisse. A chacun de leur problème, j’avais une lame adaptée, une solution convenable. J’agissais. C’est pragmatique un couteau suisse. Une amie avait des tendances suicidaires ? je la veillais chez elle et prenais ses clés de voiture quand je la sentais à deux doigts de faire une grosse bêtise. Une autre amie était un peu perdue dans sa vie ? Je trouvais pour elle la psychologue adaptée et prenait rdv, je l’éloignais d’une personne néfaste pour elle. Bref, des situations comme cela, il y en eut beaucoup. Mac gyver agissait encore et encore. Il semblait inépuisable.

 

Mac Gyver, c’est le héros cool : il est sympathique et ne semble pas avoir de problèmes : malin et détendu en toutes situations. Mac Gyver, il a deux vieux amis : Jack avec qui la relation est compliquée et Pete Cent Tonne. A mon souvenir d’enfant, Mac Gyver n’a pas trop de relations sentimentales ou peut être des flirts mais ce n’est pas l’essence de la série. Mac Gyver ne fonde pas de famille. Il aide un nombre certains de personne mais lui, il semble ne pas avoir besoin d’être aidé. Entre voyages et bricolages, il a tout le loisir d’éviter les choses sérieuses. Il est plus facile d’agir pour les autres que pour soi. Mac Gyver reste inatteignable.

 

Il fut un jour pourtant où la réalité rattrapa la fiction. Mac regarda le couteau suisse. Il n’y avait plus de lames. Que des larmes. Plus d’ingéniosité ou de malice. Mac était démuni, il avait perdu son bel outil.

Le couteau sans lames était comme sans âme. Mac Gyver ne comprenait pas : comment il avait pu autant s’épuiser ? Comment il pouvait s’aider lui ?

 

Alors Mac Gyver, le héros en apparence cool et sympa, aventurier muta en un autre aventurier : plus musclé et plus disjoncté du bocal.  A part une coupe mulet douteuse, nos deux amis sont bien différents.

 

Mac devint John Rambo. Fini de se mettre en quatre pour autrui, de forcer l’admiration par sa débrouillardise et son esprit d’aventure. Mac n’y parvenait plus : il avait fait une sorte de burn out de lui- même ou de la prétention de lui-même.

 

Il n’était plus là.

 

John Rambo-personnage d’un film de 1983-est un vétéran de la guerre du Vietnam qui atterrit dans une bourgade arriérée des Etats-Unis en quête de vieux amis. Il n’aspire qu’à la tranquillité. Mais les habitants du village et surtout le shérif, ne voient pas cet étranger d’un bon œil. Alors ils vont le titiller un peu. Et titiller un mec complètement traumatisé et sur entrainé : ce n’est pas une bonne idée. S’en suit alors une chasse à l’homme mémorable et je vous laisse le soin de découvrir (si vous le souhaitez) le film hautement psychologique qu’est Rambo 1.

 

Les amis, qui ont connu Mac Gyver, ne sont pas très à l’aise avec Rambo. Il leur fait un peu peur ou pitié. Cela se voit dans les yeux des amis. Ou dans la distance qu’ils prennent. Ou dans leurs demandes pour que Rambo se fasse soigner. Ou quand ils disent à Rambo qu’il a changé, qu’il a une triste mine. Rambo sait tout cela. Il ne sait juste pas quoi faire ; comme tous ces amis qui ont un peu peur de lui. De son désespoir. Il ne comprend pas trop ce qui lui arrive : « c’est pas ma guerre, colonel » : comme si tous les combats menés n’auraient pas dû l’impacter. Alors John Rambo a honte et culpabilise d’être ce qu’il est. Rambo erre, et comme errent les personnes qui ont vécu ou hérité de trop de traumas. Les amis veulent que Mac Gyver revienne et que John Rambo disparaisse.

 

Les mains tendues sont rares.

Les mains tendues le sont par d’autres vétérans, d’autres revenants : de ceux qui ont expérimenté le chaos, souvent.

 

Ce parallèle avec Rambo m’est venu car cet homme s’est engagé pour l’Amérique et l’Amérique l’a bien laissé tomber. J’ai fait un gros sacrifice et j’ai eu l’impression qu’on m’avait laissé tomber. On n’aide pas plus les John Rambo que les femmes avorteuses … On porte le poids d’une situation que l’on a choisi : avorter, faire la guerre… Ce sont des choix polémiques, discutables et on peut sentir que l’entourage n’est pas à l’aise, soit avec votre choix, soit avec le fait que vous n’alliez pas bien ensuite ou les deux. Je peux commencer par mon ex-conjoint, à qui j’ai dit « que j’avais avorté pour lui » (C’était un mélange de provocation et de désespoir) et qui a pété un plomb en me disant « non tu l’as fait pour toi, c’est ton choix ». Et puis il a ajouté qu’il voulait qu’on se sépare quand je serai prête, il a dit cela tout en me cajolant. Je n’arrivais pas à croire : qu’il allait m’abandonner. Alors je suis devenue encore plus Rambo, encore plus traumatisée du cœur. Je continuais de voir mon ex, sans aucun espoir et j’étais profondément triste. Je sentais les injonctions autour de moi à ce que je bouge, mais tenir déjà un semblant de vie normale était une telle gageure que je ne pouvais pas leur donner l’image qu’ils souhaitaient. Et soyons honnêtes : l’image que je souhaitais moi aussi leur donner. L’image : Que tout va bien. Que je m’en sors. Moi aussi je m’accrochais à Mac et j’avais du mal à aimer mon John Rambo, ma part sombre, ma part d’ombre. La part qu’on ne veut pas montrer… mais qu’on ne peut plus cacher !

 

Mais peut-être :  ont-ils en eux, ces anges déchus, Mac et John, la possibilité de transformer cette expérience ? de devenir autre ? de voir cette mort intérieure comme une renaissance ? De changer du plomb en or ?

 

Sortir de Mac Gyver bien trop distant et parfait pour être honnête, sortir de la peau de John Rambo un peu trop perturbé pour pouvoir rassurer ?… n’est-ce pas qu’un passage ?

 

Après ces deux personnages, puis qu’il est souvent question de trinité, de trilogie (bon il doit bien il y a voir quatre films de Rambo !!!) qui mais qui peut-on attendre maintenant ?

Qui serait le troisième avatar ?

 

Ne serait-ce pas l’as du pardon,le virtuose de l’acceptation, l’ange de la rédemption toute catégorie : celui que rien ne tue et qui se nomme Jésus ? celui qui tend l’autre joue dans n’importe quelle situation ?

 

La solution ne serait- elle pas une synthèse de tout ce qui est en nous : Mac Rambus ? le trois en un ? l’accueil de tous ?

 

Et au final, la vraie liberté ne serait-elle pas de ne s’identifier à aucun ? de vivre sans prétention aucune, qu’on soit triste, joyeux, mère, père, célibataire, malade, en santé, seule, entouré, propriétaire, locataire …

Mac rambus trouvera surement sa lumière, dans le tunnel, et non au bout du tunnel, car la lumière n’a jamais cessé d’être là. Les yeux de Mac Rambus regardent le monde. Maintenant, ils voient. Et ça lui fait du bien, à notre super héros en voie d’intégration.

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